"Il est de regrettable établie jurisprudence Que les hommes aient choisi pour égérie...prudence"

"Il est de regrettable établie jurisprudence
Que les hommes aient choisi pour égérie...prudence"

"Il faut des faiblesses pour être fort..."

lundi 27 février 2017

La Profondeur des Champs


Dans nos vies qui pour cadre ont la mégalopole
L’éternel Premier Plan joue seul les premiers rôles
Mais voyons-nous encor la profondeur des champs ?

Où passent dans le fond, toujours au second plan,
Des figures vagues aux formes de figurants,
Ombres auxquelles notre œil n’accorde aucun cachet,
Qui ne seront jamais pour nous plus qu’un cliché.

Êtres d’univers diaphanes et mondialisés
Nous ne voyons qu’en plans américains serrés !

Oui, décor de nos vies, ce vague arrière-plan
Est inaccessible et nul ne le touche guère
Ni ne s’aventure en cet inconnu mouvant
Fort déstabilisant, de peur de l’effet mer.

Il n’y a bien que lorsque tu contre-plonges en moi

Ton regard que reprend sens tout ce que je vois.


lundi 20 février 2017

Paraît-Royal


Planté en le Palais-Royal, je suis un arbre,
Parmi les cent statues, toutes de riche marbre
Et que de jalousie autour cela génère !
Car indénombrables sont mes verts congénères
Qui donneraient tout, oui, pour déployer leurs tiges
En cet auguste lieu au renom de prestige !

Moi et mes compères boisés nous inspirâmes
Colette, dont ici subsiste encore l’âme
Mais qui pourrait croire à voir tant d’Institutions
Qu'y foisonnait, jadis, la crue prostitution ?

Identique aux tilleuls plantés par vos aïeuls,
Rien n’arrête votre œil sur notre mur de feuilles,
Lui qui se dresse droit en hautes frondaisons,
Ici, règne en légion l’ordre à Napoléon !

Bannis par les gardiens sont les cris des enfants
Et nous n’aimons guère ces jeunes-là, grimpant,
Qui nous montent et tirent nos feuilles sans raison
Puis, devenus grands, gravent sur nos frêles troncs
Leurs serrements d’amour d'êtres écorchés vifs
Qui nous laissent à nu, pauvres hêtres écorcés vifs !

Tous, nous sommes plantés selon une enfilade
Qui du Palais voisin singe les colonnades,
Belle perspective en juste honneur à ce lieu,
Mecque plus ultra de l’esprit de Richelieu !

J’entends dire certains, assez malignement,
Que nous ne sommes là que pour l'alignement.
Et alors ? Il nous sied d’être décoratifs,
Toujours à la pointe et élégants, tels des ifs.
Orgueilleux, il est vrai, de cette ombre agréable
Que l’on offre aux crânes des hommes d’État glabres !

C’est un fait que jamais je confesse en revanche
Je ne puis librement redéployer mes branches
Alors que mes cousins des belles forêts franches
Eux, poussent en liberté et comme ça les branche !

Ce noble élagage, que l’on dit en marquise,
Où aucun végétal ne peut faire à sa guise
Fait que l’hiver venu on me coupe au carré
Car croître ne m’est permis que d’un seul côté !

Cette rude entaille, qui taille sans respect
Me fait venir, j’avoue, l’envie de tout planter
Et d’abandonner ce jardin à la française

Pour un beau jour, qui sait, oui…filer à l’anglaise !


lundi 13 février 2017

Chaînes Premières


Leurs aiguilles orientées vers un unique pôle,
Je vois les antennes identiques à des boussoles
Qui indiquent à nos yeux le grand Nord médiatique
Pour capter dans les airs l’invisible trafic.

Sur nos toits, à côté des noires cheminées,
Echouent sur leurs arêtes les ondes acheminées.
Puis leurs grilles tremblent de frissons, magnétiques
En l’instant transmutés en pulsions, électriques. 

Des feux de Saint-Elme éclairent la nuit ces mâts,
Soumettant nos foyers à l’ardent audimat.

Là, les téléviseurs, ces précepteurs de fer,
Sans cesse ressassent ce qu’il est bon de faire,
Annonciateurs du temps des cerveaux disponibles,
Où seront nos cerveaux rendus indisponibles.

Tant la loi des séries, ce crash continuel,
Jour après jour, forge notre vue du réel
Et met en sommeil la plus vive intelligence

Que fascine toujours, cependant, l’indigence.


lundi 6 février 2017

Parabole des Paraboles


D’une rive l’autre, en mer Méditerranée
Se dressent aux fenêtres de rondes paraboles,
Comme une moderne mais courte parabole
Du choc de deux mondes placés nez-à-nez.

Côté Nord, sur nos tours, jusques en nos villages,
Elles sont vers l’Orient toutes en tôle orientées,
En lien invisible à des origines ôtées,
Retour orient-express au pays en images.

Cependant que là-bas, sur les blanches maisons,
Concaves et creusées comme pour une obole
Malgré ce qu’a laissé l’Histoire au vitriol,
Dans une vie rêvée, elles font diversion.

Et se croisent leurs ondes, modulantes,

Par-dessus l’eau amère, et ondulante.