"Il est de regrettable établie jurisprudence Que les hommes aient choisi pour égérie...prudence"

"Il est de regrettable établie jurisprudence
Que les hommes aient choisi pour égérie...prudence"

"Il faut des faiblesses pour être fort..."

mardi 30 juin 2015

Le Far-Ouest de Paris


En banlieue parisienne
Comme entourant leur Reine
S’étend la vaste mer
Des maisons ouvrières,
Notre Far-West étique,
Cet espace anarchique.

On pût tout y construire
Sans permis de construire
Et des parpaings cassés
Y finissent émoussés,
Restes de construction
De villes-champignons.

Là, des murs mitoyens
Séparent des voisins
En cloisons qui encastrent
Qu’a figées le cadastre,
Parois guère civiles
Aux litiges civils.
  
Nonchalants, l’air de rien
Les chats s’en moquent bien
Eux qui toujours musardent
Le long des palissades
Entourant des jardins
Où croupissent des nains.

Sur les lopins carrés
Binés ou oubliés
De jardins ouvriers
En Monsanto dopés,
Fleurissent à foison
D’étranges plantations.

Les poteaux et les câbles
De rues inter-minables
Entravent envols, et fuites,
Seules lignes de fuite
De maisons dissemblables,
Entre elles si semblables.

À plus de cent à l’heure 
Des routes et échangeurs,
Sans aucune esthétique
Éventrent ces reliques !
Et bien que peu amènes
Au moins ils nous emmènent

Loin de cet entre-deux

Qu’on appelle Banlieue.


lundi 22 juin 2015

Le Nouveau Devisement du Monde


L’argent est bien la dernière patrie,
L’Internationale des flibustiers sans patrie.

Le billet vert est leur pavillon noir,
Qu’on voit hissé sur les hors-bords
De cette oligarchie sans port
Qui écume le liquide des à-valoir.

Et la mer salée par le sel de la terre,
Amère de la sueur des pauvres hères
Qui font du bruit, ont une odeur,
Blanchie pour qu’il n’ait plus d’odeur.

Ce liquide qui sourd des bas-fonds
De ce puits qui n’a guère de fond,
Celui de la spéculation des fonds,
Résistibles mouvements de fonds.

Et de toutes ces guerres du Golfe

Qui font son profit et verdissent ses golfs.

lundi 15 juin 2015

Révélateurs

En regardant des photos de naguère
Venues des temps reculés de Daguerre,
Teintées à l’eau forte ou couleur sépia
Et que depuis longtemps, nul n’épia…

Nous nous gaussons des êtres inconnus
Que nous y découvrons en blanc et noir,
Eux qui, s’ils pouvaient nous apercevoir,
Nous trouveraient tout aussi incongrus.

En pose longue et rendus translucides
Les passants d’antan paraissent effacés
Et ceci nous devrait rendre lucides.

Car ces trottoirs, qui étaient surpeuplés
Semblent en populace désertés
Et populeuse, la place Vendôme
Paraît de Paris la place fantôme.

Ces lieux, nous pensions bien les posséder
Mais ces êtres aujourd’hui trépassés
Qui dans un lointain passé sont passés
Révèlent qu’un jour place il faut céder !

Et que ceux qui se croient propriétaires
D’une parcelle petite de Terre
Le Jour venu, deviennent loques-à-terre…

mardi 9 juin 2015

Omission Coupable


Semblable au traitement que l’on réserve aux textes,
Par un couper-coller de ses propres prétextes
De toutes pièces il a récrit sa vie complexe.

Il a en mémoire expurgé certains des êtres
Qui n’apparaissent plus, effacés de sa tête !
Comme dans les photos le faisait un Staline,
Pour mieux les oublier, mis en la naphtaline.

Recréant l’Histoire tel un sournois démiurge,
Sans procès faisant là sa très intime purge,
Maintenant convaincu que sa fable existait
Dans sa bouche elle prend l’apparence du vrai.

Qui peut donc contester, à redire y trouver,
Tant tout est oublié que l’on ne peut prouver ?

Tant impressionniste est notre mémoire vive

Et face au passé flou, tourbière sélective !

mardi 2 juin 2015

Mort d’une Mémoire Vive


Ma boîte crânienne est pleine du souvenir
Des désirs qu’autrefois, j'avais pu assouvir
Mais voici qu’insidieux, l’oubli s’y insinue
De manière lente et ce-pen-dant con-ti-nue.

Je me souviens d’événements
Mais les ai-je vécus vraiment ?
Effacé le désagréable
Dont rien ne reste de palpable.

Ma mémoire est impressionniste
Avant que d’être abstractionniste.

Qu’importe ! Puisque vient la mort
Dont on dit qu’elle remémore
Le film de ce que fut la vie,
En effaçant tous les soucis.

Ainsi que les enchantements
Comme par un enchantement.

Que le bouddhisme en un autre nous réincarne
Ou le christianisme en âmes nous désincarne,
Seule certitude, sa remise à zéro
Videra les traces alors présentes en dépôt.

Car au Styx allant accoster
Nous serons vidés, déstockés.
Nos données disparaîtront,
Images, musiques et sons.

Et il ne restera plus rien
De feu notre être de terrien.

Mais c'est [compensation!] par nos traces carbone,
Elles qui polluent tout et l’air qui nous environne
Qu'on dit que nous pourrons, oui, survivre au long temps,

Sur Terre une empreinte indélébile laissant !