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Album A Bout de Couples

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jeudi 8 février 2018

La Mémoire de l'Eau


Un homme au cœur pourtant desséché
Soudainement se met à pleurer
Lorsqu’il évoque ces violences
Après cinquante ans d’un lourd silence.

Une femme à la peau toute craquelée
Pense à ces eaux-fortes qui coulaient
Au moment de ses étreintes physiques
Bien des années après, dans sa clinique.

La rose d'un désert recuit
Renaît d'une éphémère pluie
Se souvenant qu'elle n'est pas morte
Quand l'eau du ciel enfin lui fait cohorte.

Eaux de la mémoire, mémoires de l’eau !

samedi 27 janvier 2018

La Courbe des Ans

En mon for intérieur un être faible gît,
Oh combien erratique est son chemin de vie !
Quant à mes actes ils assouvissent des désirs
Eux-mêmes au jour le jour résultats du Hasard.

Cependant, me déniant ce libre opportunisme
D’obscurs statisticiens crient au déterminisme !
Mes anticipations pour eux sont rationnelles
Et mes passions même n’ont rien d’irrationnel !

Ce que j’ai d’intime, ce que j’ai d’intérieur,
Est agrégé par eux au Produit Intérieur.

A leurs yeux je ne suis qu’un point sur une courbe
Qui stagne en ce moment, et cela les perturbe !
Mais, croyez-moi, je fais ce que je peux pourtant
Pour y croî(t)re encore, et aller de l’avant !

Pour eux simple donnée d'abstraites équations
Au fond de moi je sais mon inadéquation
En ce temps où je sens ma propre trajectoire
Comme l’économie, commencer à déchoir.

Et quand j’entends certains prôner la décroissance,
Qu’ils sachent que pour moi, déjà, elle s’avance !
Quand s’éloigne à grands pas ma douce adolescence

Et mon potentiel, avec elle, de croissance…


jeudi 18 janvier 2018

Le Fil d’Ariane des Pensées

Lorsque je suis en attente d’idées,
Tout comme fait la patiente araignée
Je tends d’abstraites toiles aux mauvais vents
Puis, sans bouger, je me fige en rêvant…

Que vienne l’Inspiration, belle obole !
Toute vibrante encore en son envol
Et tintinnabulante en sa lancée,
Se prendre au fil d’Ariane des pensées.

Sur Elle alors, je vais en bondissant !
Pour en tirer le plus bel aliment,
Ration de mon imaginaire aride
Dont j’aspire jusqu’à la moelle, avide !

Échouée, lamentablement, en lambeaux,
D’Elle ne subsiste que la carcasse
Tandis que, repu je pars au repos,

A l’affût des proies prochaines qui passent.

lundi 1 janvier 2018

Le Mythe de la Caverne

Lorsque j'étais enfant, coupé de la vraie vie,
Le monde tout entier, péri et féeries,
Dans des livres s’ouvrît, ceux de géographie,
Ouverts à mon regard ivre d’iconographie.

Ce sont ces manuels qui dès le plus jeune âge
Me firent découvrir dans leurs arides pages
De tous les peuples de la Terre le visage,
De tous pays, mêmes austères, les paysages.

Aujourd'hui encore, nombre de mes voyages
Se font dans ma tête avec d’ abstraites images
Et je vis à travers ce qui m'est relaté
Avec l’espoir mince que rien n’est  frelaté.

Oui, du vaste monde, ma grande connaissance
Est cet enseignement que j’ai pris, à distance
Et déjà je pressens que ma biographie

Pourra se résumer… en bibliographie.


samedi 23 décembre 2017

Rouge à Rêves !

Je suis le Père Noël
Du comité du personnel !
Je joue ce jeu pour la joie
Et l’esprit collectifs
Et de loin on m’aperçoit
Avec ma boule de tifs.

D’habitude dans cette usine
Je bosse dans les cuisines
Mais quand j’passe mon rouge à rêves
Que j'prends l'air bonhomme et mièvre
Alors, pour c’boulot d’un jour
On m’voit sous un nouveau jour.

Sous les jaunes projecteurs
Je suis le rouge protecteur !
J’éparpille des papillotes
Prises la main dans le sac
Avec sur le dos cette hotte
Qui me cache, guère de trac !

Les tout-petits encore y croient,
Les plus grands, déjà rebelles,
Avec attention me dévisagent
Et tirent ma barbe à papa Noël
D’autres, qui ont passé l’âge,
M'renvoient un air narquois.

Je reçois des commandes
Et je fais des réprimandes
À ceux qui ne furent pas sages !
Je fais de belles promesses
Qui jamais ne m’engagent
À de petites princesses.

À travers mes gros sourcils
Je devine de jolies mères
Aux formes graciles
Et aux yeux de Chimère.
Pour elles ardemment je brûle !
De passer par la cheminée
Pour m’offrir en cadeau,
Enrubanné, enturbanné.

C’est pourquoi quand j’quitte mon déguisement
Je m’sens vide, en cellule de dégrisement

Car pour moi qui étais le Père Noël,
C’est l’moment où j’perds Noël

Pour revenir à mon existence banale,

Pour revenir à mon existence bancale.


mercredi 22 novembre 2017

Pas Sage, Obligé !

Petite, voici que tu atteins l'âge
Où tu en as vraiment assez du lait !
Un désir soudain d'arômes moins sages
Aux saveurs davantage acidulées,
Que tu ne connais certes pas encore
Mais dont tu pressens l'envie, prend ton corps.

Envolée l'insouciance de l'enfance
Qui jamais ne rime avec innocence
Voilà que se profile l'adolescence
Et ses sensibles soucis d'apparence.

Toi, toute  novice recrue des sens
Tu contemples cette recrudescence
Que tu voudrais freiner et maîtriser 
Mais qui se poursuit, de gré ou de force,
À l'image des seins qui ont poussé
Sans que tu y agrées sur ton torse.

La zone de tous les dangers s'avance !
Pour qu'en toi tu puisses prendre confiance
Il te faudra changer tes références,
Il te faudra trouver ta différence.

Et que de passages obligés commodes
Par l'écoute des chanteurs à la mode
Autant que le port de jeans taille basse
Exposant ton nombril à marée basse !

Ou bien celui de créer ton propre blog
Que tu nourriras d'intimes dialogues
Qui ne seront pas forcément très sages,
Où tu mettras sans doute des images
De têtes de mort ou de noirs cercueils
Auprès de cœurs, de loirs et d'écureuils.
  
Mais je sais bien, paradoxe charmant,
Qu'un jour contre toute attente, vraiment,
Naîtra de ce conformisme effréné

Ta véritable adulte identité.


lundi 27 mars 2017

L’Espace du Possible


La ligne d’horizon reste notre horizon.
Car vois-tu, rouge sang, ou bien bleu horizon
Cet écrin des combats, cet enclos des passions
Est vers l’Illimité ligne en démarcation.

Sous une atmosphère de pression, tout en bas
Nous sommes au sol cloués, comme un Tel sur sa croix,
Croix que l’on porte au dos, insigne gravité
Des choses, nous ôtant toute légèreté.

Mais de nuit elle laisse entrevoir les étoiles,
Astres munificents de folle magnitude !
Si fort, que l’on voudrait mettre vers eux les voiles.

Dès lors, pour ce plafond de verre éprouve l’Homme
Ce syndrome connu, mélangeant gratitude

Et vif ressentiment, que l’on dit de Stockholm.


lundi 20 mars 2017

Game Over !


Jeune, la vie m'était, dans les jeux vidéo,
De loin  préférable aux jeux triviaux du préau,
Sans cesse en mouvement, sorte de rodéo,
Je la brûlais, virtuelle et sans idéaux !

Certes, il arrivait bien de menus avatars
À mon double et jumeau numérique avatar  
Mais le millier de vies dont je bénéficiais
Me permettait au début de recommencer.

Mes blessures à l'écran cicatrisaient sans mal
Et tout se résumait à un score total
Car mes globules étaient faits de uns et zéros
Puis la fin me voyait vaincu, ou bien héros.

Dans les riches décors je me mouvais au rythme
Des alternatives, au gré des algorithmes
Et tout à merveille répondait au levier
Que fort fiévreusement mes deux mains empoignaient.

Dans ce monde recréé par un seul logiciel
Que ce qui m'arrivait était bien programmé !
Et que de sensations fortes de Liberté

Même si elle fut juste conditionnelle !